Choisir une plateforme agréée est la décision la plus structurante que la réforme 2026 t’impose. C’est aussi celle sur laquelle l’information est la plus confuse, parce que le vocabulaire a changé en juillet 2026 et que la promesse initiale d’un portail public gratuit a été abandonnée en cours de route.
Commençons par les termes, puisqu’ils viennent de changer.
Le vocabulaire, une bonne fois
Un décret et un arrêté du 27 juillet 2026 ont officialisé un nouveau lexique. Les anciens termes circulent encore partout, donc autant connaître les deux.
| Terme officiel | Ancien nom | Ce que c’est |
|---|---|---|
| PA : Plateforme Agréée | PDP | Opérateur privé immatriculé par la DGFiP. Le seul habilité à transmettre tes données à l’administration. |
| SC : Solution Compatible | OD | Logiciel de facturation, de caisse ou de compta. Non agréé : doit se raccorder à une PA pour transmettre. |
| PPF : Portail Public de Facturation | sans objet | Annuaire national + concentrateur des données côté fisc. Plus une plateforme d’échange universelle. |
| Annuaire | sans objet | Le répertoire qui indique, pour chaque SIREN, quelle plateforme reçoit ses factures. Consultable librement. |
L’immatriculation d’une PA est délivrée par la DGFiP et se renouvelle tous les trois ans. C’est une autorisation technique et réglementaire. Plus d’une centaine d’acteurs l’ont obtenue.
Ce qu’une plateforme agréée fait, et ce qu’elle ne fait pas
Ce qu’elle fait :
- Convertir ta facture dans un format structuré conforme (Factur-X, UBL ou CII) et vérifier qu’elle passe les règles de validation.
- Router la facture vers la plateforme de ton client, en interrogeant l’annuaire pour savoir où l’envoyer.
- Recevoir tes factures fournisseurs et te les mettre à disposition dans un format exploitable.
- Transmettre à l’administration les données de facturation, de transaction et de paiement.
- Remonter les statuts du cycle de vie : reçue, rejetée, encaissée, litigieuse.
Ce qu’elle ne fait pas :
- Créer tes factures. Une PA transporte et convertit, elle ne t’aide pas à rédiger un devis ou à suivre un client. Certaines embarquent un module de facturation, beaucoup non.
- Garantir que tes données sont bonnes. Si ton SIRET est faux, elle transmettra un SIRET faux, jusqu’à ce que le contrôle le rejette.
- Te dispenser de l’e-reporting. Tes ventes aux particuliers et à l’étranger doivent être déclarées à part ; la PA est le canal, pas la décision.
Les six critères qui comptent
1. L’immatriculation, à vérifier soi-même
C’est le critère éliminatoire. Un prestataire qui se présente comme « compatible réforme 2026 » n’est pas nécessairement agréé : il peut être une Solution Compatible qui s’appuie sur une PA tierce. Ce n’est pas disqualifiant, mais tu dois savoir qui est vraiment dans la boucle, parce que c’est cet acteur-là qui porte la responsabilité réglementaire.
2. Les formats supportés en émission
Demande explicitement quel profil Factur-X est produit. Le profil MINIMUM n’est pas conforme au cœur de la norme européenne : il ne contient ni les lignes ni la ventilation de TVA détaillée. Le profil à viser est EN 16931. Le détail des profils et de ce que chacun contient est expliqué dans un guide dédié.
3. Le modèle tarifaire
Trois modèles coexistent, et ils ne se valent pas selon le volume :
| Modèle | Bon pour | Mauvais pour |
|---|---|---|
| Abonnement forfaitaire | Volume régulier et prévisible | Activité saisonnière ou très faible volume |
| Facturation au volume | Démarrage, quelques factures par mois | Croissance : la note grimpe sans prévenir |
| Inclus dans un outil de facturation | Qui veut une seule facture et un seul interlocuteur | Qui a déjà un outil de facturation qu’il aime |
4. L’API et l’intégration
Si tu utilises déjà un outil de facturation, pose la question autrement : avec quelle PA est-il intégré ? Une intégration native t’épargne la double saisie et les exports CSV manuels. Sans API, tu vas déposer tes factures à la main sur un portail, tous les mois, pendant des années.
5. L’archivage
Les factures électroniques doivent être conservées dix ans, dans des conditions qui garantissent leur intégrité. Vérifie trois choses : l’archivage est-il inclus ou facturé en supplément, la durée couverte est-elle bien de dix ans, et surtout, peux-tu récupérer tes archives si tu pars, dans un format exploitable et sans frais de sortie.
6. La gestion de l’annuaire
Ton SIREN doit être déclaré dans l’annuaire national avec la plateforme qui reçoit tes factures. Certains prestataires s’en occupent pour toi, d’autres te laissent faire la démarche. Ce n’est pas compliqué, mais si personne ne le fait, tes clients ne sauront pas où t’envoyer leurs factures, sans que rien ne t’alerte.
Les cinq pièges
- La tarification au volume sans plafond. Vingt centimes la facture, ça paraît indolore. Sur une activité qui décolle, avec les avoirs, les relances de statut et les factures rejetées puis réémises, la note réelle est régulièrement le double de l’estimation initiale. Demande une simulation sur ton volume, avoirs compris.
- L’archivage facturé à part. Le prix affiché couvre souvent la transmission seule. L’archivage à valeur probante dix ans est une ligne distincte, parfois plus chère que le service lui-même.
- L’absence de sortie. Aucun export d’archives, ou un export dans un format propriétaire illisible ailleurs. Ce verrou-là ne se voit qu’au moment de partir.
- Le profil Factur-X non précisé. « Factur-X » sans mention du profil, c’est une réponse incomplète. Si le commercial ne sait pas répondre, demande à parler à quelqu’un qui sait.
- La confusion volontaire entre SC et PA. Certains éditeurs entretiennent le flou sur leur statut. Être une Solution Compatible n’a rien de disqualifiant ; ignorer sur quelle PA on s’appuie, si : c’est elle qui portera le service le jour où quelque chose casse.
Un freelance solo a-t-il vraiment besoin d’une PA dédiée ?
Souvent non, et c’est une bonne nouvelle pour ton budget. Si tu factures quelques dizaines de clients par an, contracter directement avec une plateforme agréée revient à acheter un camion pour faire ses courses. Deux voies plus simples :
- Ton outil de facturation embarque le raccordement. Tu factures comme d’habitude, la transmission se fait derrière. C’est le scénario le plus confortable, et celui où le coût de la conformité disparaît dans un abonnement que tu payais déjà.
- Ton expert-comptable ou ta banque propose un accès mutualisé. Pratique si tu leur délègues déjà la compta. Moins souple si tu veux garder la main sur tes relances et ton suivi client.
Le contrat direct avec une PA se justifie à partir du moment où tu as des volumes significatifs, des besoins d’intégration spécifiques, ou une exigence de continuité que tu ne veux pas déléguer.
Où se situe Sirapilot
Autant être direct : Sirapilot n’est pas une plateforme agréée. C’est un outil de facturation et de prospection (une Solution Compatible, au sens du nouveau vocabulaire) qui produit des factures conformes EN 16931 au format Factur-X et les transmet via une plateforme agréée partenaire.
Ce que ça veut dire concrètement : tu ne signes pas de contrat séparé avec une PA, tu ne gères pas la conversion de format, et la transmission ainsi que l’archivage sont couverts par ton abonnement. Ce que ça veut aussi dire : tu dépends du choix de PA fait pour toi. Si avoir la main sur ce choix compte pour toi, une PA en direct est plus adaptée.
Le détail de ce qui est couvert côté conformité est sur la page dédiée, et les tarifs sont publics, sans facturation au volume ni frais d’archivage cachés.
Trois questions à poser avant de signer
Quel que soit le prestataire, ces trois-là suffisent à écarter la majorité des mauvaises surprises :
- Êtes-vous une plateforme agréée, ou passez-vous par laquelle ?
- Quel profil Factur-X émettez-vous exactement ?
- Si je pars dans deux ans, comment je récupère mes dix ans d’archives, et à quel prix ?
Un prestataire sérieux répond aux trois sans hésiter. Une réponse évasive sur la troisième est, à elle seule, une réponse.