Oui, demande un acompte. Sur une prestation de services, 30 % à la commande est l’usage le plus courant, et un client habitué à travailler avec des indépendants ne s’en étonnera pas. Le mot à écrire noir sur blanc dans le devis est « acompte ». Ni « arrhes », ni « avance » : les trois n’ont pas les mêmes conséquences juridiques, et l’acompte est le seul qui engage définitivement ton client. Le reste tient aux montants, à la formulation et à la facture d’acompte que beaucoup d’indépendants oublient d’émettre.
La difficulté n’est pas de trouver le bon pourcentage. Elle est de poser la question à quelqu’un qui ne t’a encore rien versé, sans avoir l’impression de quémander. Un devis qui porte une ligne d’acompte pré-remplie règle ce problème : tu ne demandes rien, tu appliques des conditions écrites. Le client répond au document.
Ce que l’acompte protège vraiment
Trois choses, dans cet ordre d’importance.
Ta trésorerie. En B2B, le solde peut partir à 60 jours depuis l’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit. Sur une mission de six semaines facturée à la livraison, il s’écoule presque quatre mois entre ton premier jour de travail et l’encaissement. Un acompte ramène une partie de la somme au départ, là où tu produis l’effort.
L’engagement du client. Un devis signé ne coûte rien à annuler dans la tête de celui qui l’a signé. Un virement parti change le statut du projet en interne : il est budgété, arbitré, défendu par quelqu’un. Les reports de planning et les changements de priorité frappent beaucoup moins les dossiers déjà payés en partie.
Le filtre anti-client fantôme. Celui qui valide tout avec enthousiasme, te fait produire un cadrage détaillé, puis disparaît dès qu’on parle de calendrier, ne franchit presque jamais l’étape du virement. Tu le perds avant de lui avoir donné trois semaines de ton temps. C’est peut-être le meilleur usage d’un acompte.
Acompte, arrhes et avance : la différence juridique qui compte
Ces trois mots circulent comme des synonymes dans les devis. Ils ne le sont pas, et la confusion se paie au moment où le client change d’avis.
- L’acompte engage définitivement les deux parties. Le client qui renonce reste tenu d’exécuter le contrat ou de verser des dommages et intérêts. Le prestataire qui renonce s’expose aux mêmes conséquences : l’engagement joue dans les deux sens.
- Les arrhes laissent une porte de sortie. Chaque partie peut se dédire. Le client qui renonce perd les arrhes versées. Le prestataire qui renonce doit les restituer au double.
Vient ensuite le piège. À défaut de qualification explicite dans le contrat, les sommes versées d’avance sont présumées être des arrhes en droit de la consommation. Si tu écris « avance de 30 % » ou « premier versement » sans préciser, un client particulier peut se dédire en abandonnant la somme, et tu n’auras rien à lui opposer. Le mot « acompte » doit apparaître tel quel, avec sa qualification.
Quel montant demander selon le type de mission
| Situation | Acompte |
|---|---|
| Prestation de services classique | 30 % à la commande |
| Mission longue ou à forts frais engagés | 40 à 50 % |
| Petite mission, nouveau client | 100 % à la commande |
Le 100 % à la commande passe mieux qu’on ne le croit sur les petits montants. Pour une journée d’intervention ou un livrable à quelques centaines d’euros, le double encaissement coûte plus cher en administratif qu’il n’apporte de confort au client. Beaucoup d’indépendants l’appliquent par défaut sur une première collaboration, puis basculent à 30 % une fois la relation installée.
La fourchette 40 à 50 % se justifie quand tu engages des frais avant d’être payé : sous-traitance, licences, achat de matériel, déplacements. Aucune raison de financer le projet de ton client sur ta trésorerie personnelle pendant deux mois.
Comment le formuler au devis
La clause se place dans les conditions de règlement, sous le total. Voici un texte à recopier en changeant les montants.
Conditions de règlement
Acompte de 30 % à la commande, soit 1 200 € HT, payable à la signature du présent devis.
Les sommes versées à ce titre constituent un acompte et non des arrhes : elles engagent définitivement les deux parties.
Le démarrage de la mission est conditionné à l’encaissement de cet acompte.
Solde de 2 800 € HT à la livraison, payable sous 30 jours à compter de la date d’émission de la facture.
Quatre détails font le travail. Le mot « acompte » est écrit. La qualification est explicite, ce qui écarte la présomption d’arrhes. Le démarrage est rattaché à l’encaissement et non à la signature, ce qui t’évite de commencer à travailler sur une promesse. Et le délai du solde est chiffré : sans mention, le délai légal est de 30 jours, ce qui te convient, mais l’écrire coupe court aux conditions d’achat que le client sortira au moment de payer.
Si tu construis ton premier document, la structure complète et les mentions obligatoires sont détaillées dans le guide du premier devis freelance.
La facture d’acompte, obligatoire et souvent oubliée
Encaisser un acompte déclenche une obligation : émettre une facture d’acompte. Ni un reçu, ni un mail de confirmation. Une facture, avec ce qu’elle porte.
- Son propre numéro dans ta séquence de facturation, sans trou ni doublon
- La mention « Facture d’acompte »
- La référence au devis concerné
- Le montant HT et le montant TTC de l’acompte
En franchise en base de TVA, la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » figure sur la facture d’acompte comme sur toutes les autres.
La facture de solde doit ensuite déduire l’acompte déjà facturé et y faire référence. C’est l’étape que les tableurs ratent le plus souvent : sans déduction, le même chiffre d’affaires apparaît deux fois dans ta comptabilité, et ton client reçoit une facture dont le montant ne correspond à rien de ce qu’il a validé. Le détail des mentions à porter sur chacune est rassemblé dans le guide de la première facture.
Que faire si le client refuse
Deux refus très différents se cachent derrière la même phrase.
Le refus de procédure. Chez un grand compte, le service achats ne sait pas traiter un paiement avant réception d’une prestation, et la personne en face de toi n’y peut rien. Ce n’est pas le bon combat. Obtiens un bon de commande écrit, un interlocuteur nommé à la compta et un délai de paiement court, et tu auras plus de sécurité qu’avec un acompte arraché.
Le refus de principe. « On ne paie jamais d’avance. » Propose une contrepartie plutôt que de céder à sec : un premier jalon court, facturé à sa validation, ou un solde ramené à 30 jours au lieu de 45 jours fin de mois. Si toutes les portes se ferment, l’information reste utile : tu sais déjà comment ce client traitera ta facture finale. Le recours à ce stade est décrit dans l’article sur les clients qui ne paient pas.
Les missions longues et le paiement par jalons
Au-delà de quelques semaines, un acompte unique laisse une exposition qui grandit chaque jour. Le paiement par jalons, attachés à la validation d’étapes livrables, réduit cette exposition sans bloquer le client sur une grosse sortie de trésorerie initiale.
Le schéma se lit dans le devis : 30 % à la commande, un versement à la validation de chaque étape, le solde à la livraison finale. À aucun moment tu ne portes plus d’une étape de travail non payée.
Deux règles pour que ça tienne. Un jalon se déclenche sur un livrable accepté, jamais sur une date du calendrier, sinon tu factures un retard qui vient parfois du client lui-même. Et chaque jalon donne lieu à sa propre facture, numérotée dans la séquence et référencée au devis, comme la facture d’acompte.
Côté outil, Sirapilot porte la ligne d’acompte dans le devis, puis génère la facture d’acompte et la facture de solde avec la déduction déjà appliquée et la référence au devis (devis et factures). Le générateur de devis permet de tester la formulation sans créer de compte. Le plan Free est gratuit, le Pro est à 19 €/mois ou 190 €/an (tarifs).